LES HARKIS ET LEURS FAMILLES,

MAJEURS INCAPABLES ? 

 

Le 14 décembre dernier, une délégation du "Groupe de travail du Collectif pour le vote de la loi Vérité et Justice pour les Français rapatriés" a été reçue par MME Geneviève DARRIEUSSECQ, Secrétaire d'Etat auprès du Ministre des Armée, en charge du dossier "Rapatriés".

Ce "collectif" qui regroupe, selon les dires de ces personnes, 62 associations représentant plus de "300 000 familles françaises", aurait souhaité rencontrer Madame la Ministre pour renouer le dialogue avec l'Etat pour continuer le travail engagé depuis plusieurs années pour le vote d'une loi "soldant définitivement la dette de la Nation envers les Français "rapatriés".

Démarche plutôt curieuse de la part d'un collectif dont on ne sait pas grand chose, composé d'une délégation de trois Français Rapatriés et d'une fille de Harki qui prétendent parler au nom des Harkis et de leurs familles.

Les Harkis et leurs familles sont-ils toujours sous tutelle ? Nous pouvons nous interroger !!

Les Harkis, des rapatriés comme les autres ?

Il nous semble important de rappeler ici quelques vérités historiques.

Si un plan de rapatriement existait pour les Français de souche européenne, la grande majorité des Harkis et de leurs familles n'était pas concernée par ces mesures décidées par le gouvernement d'alors.

Seule une minorité d'entre eux (les anciens supplétifs qui souhaitent s’engager dans l’armée française, les militaires de carrière et l'élite francisée) pouvaient, officiellement, être "rapatriés" en France.

Pour les plus chanceux de ceux qui n'étaient pas concernés par ce "plan de rapatriement", ils pourront se réfugier dans des casernes de l’armée française en Algérie, puis seront transférés en France, souvent avec l’aide d'officiers de l'armée française qui braveront les ordres officiels interdisant un repli massif de Harkis.

Le Général de Gaulle en conseil des ministres le 25 juillet 1962, en fin connaisseur de la langue française, affirmera : "Le terme de rapatrié ne s’applique évidemment pas aux musulmans : ils ne retournent pas dans la terre de leurs pères ! Dans leur cas, il ne saurait s’agir que de réfugiés ! ».

Le terme "réfugié" semble, en effet, beaucoup plus approprié et l'enjeu est d'importance car les droits inhérents à ce statut ont été bafoués par les états français et algérien...

Nous n'en dirons pas plus pour l'instant mais nous retiendrons seulement que la distinction qui s'est opérée dès la signature des accords d'Evian, entre les "Rapatriés d'origine européenne" et les "indigènes musulmans" devenus "Français musulmans", ne permet pas de considérer ces deux catégories de citoyens comme bénéficiant des mêmes droits.

Poursuivons l'analyse.  Les Harkis qui purent s'exiler en France, durent souscrire une déclaration recognitive de nationalité française (la fameuse ordonnance du 21 juillet 1962) contrairement aux "Rapatriés d'origine européenne" qui conservaient leur nationalité française. Surprenant, non ?

 

Comment expliquer que les Harkis et leurs familles, considérés éventuellement comme des "rapatriés" par ce collectif, soient passés dans des camps d'enfermement, véritables institutions totalitaires, entourées de barbelés, sous la domination totale de l'Etat, coupés du monde extérieur où l'arbitraire et l'injustice dominaient, où l'isolement physique et moral imposé à cette population conduisit à la destruction de leur personnalité, à la privation des libertés fondamentales, à leur mise en danger et, au final, à leur désintégration sociale ?

Ces camps de la honte que l'on pourrait qualifier de camps de concentration puisqu'ils ont permis de rassembler sous la surveillance militaro-policière une minorité ethnique (on note un caractère ethnique sous le vocable  "d’origine nord-africaine") rappellent le sort réservé aux Républicains Espagnols et aux Juifs Français.

Et les hameaux de forestage ou les cités "d'accueil", où les Harkis et leurs familles furent relégués, en marge du reste de la population, sous contrôle permanent des services de l'Etat usant d'une réglementation d'exception, furent la continuité de ce système !

 

Les Harkis ont certes bénéficié d'une attestation de rapatrié censée leur donner les mêmes avantages que leurs compatriotes d'origine européenne dans l'application des textes légaux et réglementaires votés dès 1961 mais ils n'ont jamais eu les mêmes droits !

 

une ségrégation au long cours qui doit être dénoncée

La délégation de ce fameux collectif aurait donc été beaucoup plus inspirée d'expliquer à MME DARRIEUSSECQ le traitement inégalitaire qui s'est opéré durant cinquante cinq ans entre ces deux catégories de citoyens français.

Au lieu de cela, "NOS" représentants ont d'abord déformé les propos de M. François HOLLANDE, alors Président de la République, en affirmant que ce dernier a reconnu "la responsabilité des gouvernements français dans l'abandon, les massacres, l'exode forcé et les conditions indignes de leur accueil en métropole des Français rapatriés et plus particulièrement des Harkis".

En aucune manière l'ancien Chef de l'Etat qui s'exprimait le 25 septembre 2016, journée d'hommage aux Harkis, ne parlait des "Rapatriés".

LES RESPONSABILITES dont il parle concernent exclusivement les Harkis et leurs familles.

 

 

 

 

Il y a là quelque chose de malsain voire inadmissible à entretenir ces ambigüités.

Le conseiller de la Secrétaire d'Etat rappellera, à juste titre, que les Harkis et leurs familles ont eu à endurer "des souffrances beaucoup plus grandes que les autres "rapatriés" qui ont pu et su s'intégrer plus facilement ".

 

Comment devons -nous interpréter la revendication émise par ces "nouveaux porte-parole des Harkis" qui questionnent MME DARRIEUSSECQ sur la manière dont va procéder le gouvernement pour solder l'indemnisation des biens perdus ou spoliés en Algérie ?

Devons-nous rappeler que 7000 dossiers de demande d'indemnisation ont été déposés par des familles de Harkis, au titre des deux principales lois d'indemnisation de 1970 et 1978 (source ANIFOM) ?

Toujours selon l'ANIFOM, la valeur moyenne d'indemnisation pour ces 7000 Harkis, s'établit à 1880 € avec une petite minorité de bénéficiaires ayant pu prétendre à une indemnisation maximale d'environ 9000 € !

Pouvons-nous parler de traitement équitable pour cette catégorie de citoyens français qui, pour la plupart, possédaient un bien en Algérie qu'ils n'ont jamais pu retrouver ici en France ?

 

Si ce collectif prétend représenter les Harkis et leurs familles, il convient, dès lors, de dénoncer cette injustice !

Nous savons que les "Rapatriés d'origine européenne" n'ont de cesse de rappeler que l'article 1er de la loi du 15 juillet 1970 qui précise que l'indemnisation des biens perdus ou spoliés en Algérie doit être considérée comme "une avance sur les créances détenues à l'encontre des Etats étrangers ou des bénéficiaires de la dépossession".

 

Certains élus comme le sénateur de l'Hérault, Jean-Pierre GRAND, relaient en permanence cette revendication. Ainsi, le 12 mai 2016, cet homme politique suspendu de l'UMP en 2007 par Patrick DEVEDJIAN pour avoir déclaré que " c'est un devoir moral que de reconnaître l'apport culturel, économique et humain que les rapatriés ont apporté à l'Algérie", contredisant un discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Alger, questionna Jean-Marc AYRAULT, alors Ministre des Affaires Etrangères, sur les intentions du gouvernement pour finaliser le processus d'indemnisation auprès des autorités algériennes.

 

La réponse de ce ministère publiée au JO Sénat le 16 juin 2016 rappellera la solidarité de la France à l'égard des rapatriés à travers les différentes lois d'indemnisation.

Nous apprendrons également que "les gouvernements français et algérien ont engagé un dialogue approfondi sur la question des biens immobiliers depuis 2012".

Evoquant les éventuelles demandes de réparation déposées par les rapatriés (d'origine européenne...), auprès des autorités administratives et judiciaires algériennes, le Ministre précisera alors que "le gouvernement restera attentif aux suites qui seront données aux éventuelles démarches de nos compatriotes".

 

Mais qu'en-est-il des Harkis et de leurs ayants-droits ?

 

La solidarité de la France n'est-elle pas un dû légitime pour ces citoyens français ?

 

 

le temps où tous les "rapatriés musulmans" étaient sous tutelle  et considérés comme des majeurs incapables est révolu !

 

le collectif "vérité et justice pour les français rapatriés"  n'a aucune légitimité pour parler pour les harkis et leurs familles !

 

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